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  • : Entre l'Asie mineure, la pénisule arabique et la mer méditerranée, dans l'un des berceaux de notre civilisation, dans un tourbillon mêlant un passé riche et un présent problématique, un étudiant en stage pour six mois de voyages, de découvertes et de rencontres au coeur du Proche-Orient...
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Dimanche 6 janvier 2008

 

 

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           Ils viennent de toutes parts : réfugiés irakiens, palestiniens, de la banlieue Nord et Sud de Damas, ils sont là durant une matinée entière, vendant leur misère tous les vendredis matins, sur le bord de l’autoroute de l’aéroport.

 

Ce marché est surnommé par beaucoup comme « le marché aux voleurs». Une démonstration grandeur nature de ce que pourrait recouvrir le terme « bricolage », « recyclage », « économie informelle » dans un pays tel que la Syrie marquée par une alchimie de plus en plus délicate entre un mode consumériste à l’occidentale et l’existence de structures traditionnelles de consommation.

 

Sur le chemin, entre les nuées de badauds, d’acheteurs et de vendeurs, un berger en pleine ville, nous vend des moutons. Allongé sur une banquette, c’est sont fils de 6 ans qui fait paître les bêtes sur le bord de la route avec un peu de paille et de l’eau croupie dans un bidon éventré.

 

Des vendeurs de quincaillerie suivent. Ils vendent de tout : des cafetières, des vélos défoncés, des écrans d’ordinateur sans écran, des poêles à mazout, des chaînes à vélo rouillées, des moteurs de voiture…. Des dizaines, des centaines de familles sont là essayant de voir ce qu’elles pourraient bien récupérer et utiliser. 

 

Sur le chemin, on peut apercevoir un vendeur de poisson dans un petit pick-up Suzuki entre les vendeurs d’huiles de moteur et de quincaillerie… Quand on connaît les distances entre la mer et Damas, on peut parfois douter du mode de réfrigération du poisson et de sa fraîcheur. Mais ce n’est pas un problème, avec le froid ambiant du mois de janvier à Damas, ça les conserve en un peu près bon état ou presque…

 

En réalité, le plus intéressant dans ce marché reste cette économie informelle que l’on voit transparaître clairement. Incalculable ou presque dans l’économie d’un pays tel que la Syrie, qui détient le record de la plus faible productivité du Moyen-Orient, et dont le salaire moyen par mois pour un salarié est de 120 euro, on comprend mieux comment les Syriens arrivent à se débrouiller pour survivre dans une économie touchée par 7% d’inflation. 

 

De même, des réseaux de sociabilité incarnés par les marchés et qui mêlent toutes sortes de personnes peuvent être observés. Les contacts vendeur/clients, oubliés en quelque sorte dans nos sociétés d’hyperconsommation, les achats d’opportunisme, c'est-à-dire les achats que l’on peut réaliser sans savoir si la chose sera présente ou pas lors de la vente, autant de concepts qu’un simple « marché aux voleurs » peut apporter pour permettre de comprendre et appréhender la notion d’économie informelle, à la base de toute économie du développement.

 

Toutefois, ce n’est pas les seules observations qui peuvent être émises : de l’autre côté de la route, les meubles, avec de vieux canapés éventrés ou pleins d’humidité, restent aux vents et aux intempéries, même si parfois rares, de Damas. Leurs vendeurs au départ ne vendaient que le vendredi mais le coût de déplacement des meubles était trop important et ils ont décidé de s’implanter avec plusieurs, comme  « concessionnaires » sur le bord de l’autoroute. Construits à partir de tôles et de planches, leurs magasins, disons leur caisse, parce que toute la marchandise est dehors, bordent les routes et font désormais partie du paysage.

 

En réalité, ce « marché aux voleurs » du fait de son succès et de l’installation de vendeurs sur la quatre voies est de plus en plus en train de s’institutionnaliser pour aboutir à un réseau beaucoup plus formel, comme celui d’un souq. Le marché informel, victime de son succès et le temps de la concurrence pure et parfaite pouvant être le mieux incarnée par ces marchés, ne durent qu’un temps. Aujourd’hui, comme hier, l’économie informelle se formalise ou tente de le faire.

 

Deux choix s’offrent à elle, dans cette institutionnalisation ou formalisation : soit elle s’institutionnalise dans la légalité, participant à l’économie générale du pays, soit elle s’institutionnalise dans l’illégalité, créant une sorte de réseau informel formalisé mais dans cette dernière option, l’état doit intervenir et subvenir aux besoins de ces citoyens les moins favorisés, afin que la tentation de l’illégalité ne devienne qu’un choix irrationnel et marginal. Difficile choix pour un état en développement que celui du développement, surtout quand une dépendance existe envers les marchés mondiaux et envers les grandes puissances, seuls atouts maîtres d’une économie qui leur est déjà largement favorable.

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Par Samâan
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