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“ Il faut redonner la parole au peuple. Que le parlement ait à nouveau le pouvoir de contrôler l'état. Sans ce retour aux principes républicains, la Syrie restera ce qu'elle est aujourd'hui; un régime totalitaire, une République héréditaire.”
Riyad Turk, Chef du Parti communiste syrien
Je sais qu'en écrivant sur ce blog, je suis fondamentalement surveillé et tout discours, bien que je sois citoyen français et européen, peut être l'objet de poursuites. C'est pourquoi dans la description de cet évènement, je veux être le plus objectif possible, afin de vous en montrer les principales facettes et que vous compreniez l'heure des réformes en Syrie.
A la mort d'Hafez Al-Assad, le 13 juin 2000, son fils Bachar reprend les rênes du pouvoir et un espoir naît quant à l'émergence de nouvelles réformes d'ouverture démocratique. Bachar, en effet, formé en Occident où il a réalisé des études de médecine à Londres, ne pouvait laisser entrevoir qu'un espoir de libéralisation du régime.
C'est donc à partir de son élection à la tête de la présidence de la République Arabe Syrienne, que Bachar Al-Assad fit libérer des prisonniers politiques, laissant s'exprimer des forums de discussion, dans des muntadayat (appartements), évoquant le respect de la démocratie libérale et du droit des personnes. Le régime entame donc une libéralisation soudaine, qui va cependant se stopper net du fait de la situation extérieure, avec l'Intifada palestinienne, l'élection d'Ariel Sharon et les attentats du 11 septembre. Désormais la vielle garde reprend le dessus sur la jeunesse pleine d'espoir de Bachar Al-Assad pouvoir se présidentialie, s'opacifie, et les priorités sont revues au profit d'une unité souhaitée et d'autorités fortes capables de rassembler le peuple syrien durant les heures sombres.Depuis cette période, de nombreux opposants se sont retirés et le printemps de Damas ne fut qu'un printemps et l'été n'a pu voir le jour.
Toutefois, on pourrait aujourd'hui s'interroger sur les possibilités et les éventualités d'un nouveau printemps de Damas plus concluant. La jeunesse montante, nombreuse comme dans de nombreux pays émergents pourraient représenter cette volonté de changement dans le sens démocratique. Or la plupart de ces jeunes gens sont formés de la Maternelle au lycée par une idéologie précise: celle du parti Baath. Les canons de réussite occidentaux et capitalistes tels que l'argent, la réussite scolaire sont chez les jeunes syriens les seules priorités et la politique passe après. Aucune opposition n'existe vraiment et on parle plutôt pour reprendre une citation d'un ancien membre du PC syrien, M. TURK, d' »attitude oppositionnelle » car l'opposition n'arrive pas à fédérer et à faire évoluer son vocabulaire politique datant des années 70 pour sensibiliser cette jeunesse.
Cependant outre les facteurs d'acceptation du modèle de réussite libérale dans un régime plus présidentiel, donc en réalité un chemin inversé de la construction de nos démocraties occidentales, oubliant le stade de la libéralisation politique, mais aussi de la faillite d'une classe politique, d'autres enjeux sont à prendre en compte pour comprendre le blocage des réformes. En effet, l'aspect économique n'est pas non plus à négliger: l'ensemble des réformes économiques entreprises concernant la libéralisation du réseau bancaire n'ont pas eu les résultats éscomptés et n'ont pas dopé la croissance. Dans un pays souffrant de plus de 20% de chômage, l'investissement privé ne monte pas à plus de 1% de l'ensemble des investissements, ne permettant pas non plus une liébralisation économique du pays.
C'est pourquoi quoique fasse le régime sur son territoire, une nouvelle attitude oppositionnelle est née du fait même de la communication plus facile des idées par le biais des moyens de communication mondialisés: au Liban notamment. Des journaux tels que An Nahar interdits en Syrie et Al-Moulhaq, supplément culturel dirigé par Elias Khoury, intellectuel et écrivain représentent des supports intéressants pour déverser leurs critiques vis-à-vis du régime. Enfin, les syriens eux-mêmes s'adaptent en Syrie. Ainsi pour protester contre le siège de Jénine en 2002, un sit-in, rassemblant 5000 personnes a été organisé sans qu'aucun slogan ni affiche ne fasse des critiques envers le régime. L'organisation était telle que les seuls solgans étaient neutralisés par le régime en place grâce à de manifestants soutenant le régime. Donc les rassemblements, sont en quelque sorte autorisés, laissant tout de même très peu de place à une expression politique plus diverse.
Quoiqu'un régime tente de faire pour éteindre le libéralisme politique, même s'il s'en revendique, aujourd'hui dans un contexte de mondialisation des goûts, des idées, des pratiques, tout est connu, grâce à la circulation de l'information. Cependant cela peut être réinterprêté différemment et l'opposition elle-même doit compter avec cela pour jouer son rôle.
La seule option resterait pour un régime d'imposer ses idées en composant avec la mondialisation, en permettant une libéralisation des pratiques mais en bloquant le libéralisme politique. C'est à dire mettre grossièrement la charrue avant les boeufs, en donnant au peuple ce qu'il attend de la démocratie, c'est à dire une certaine liberté individuelle dans la consommation, avant une démocratie beaucoup plus collective, avec une liberté politique. Quel intérêt d'avoir une liberté politique lorsque l'on a les bénéfices de la liberté individuelle? Ou la question peut -être posée de tele manière que pourquoi s'interesser à la chose publique quand celle-ci ne s'ingère pas dans la chose privée et dans les besoins de consommation que les individus ont? Car je veux bien admettre que les convictions font partie de la chose privée mais quel besoin avons-nous de faire de la politique lorsque d'autres s'en occupent et satisfont nos besoins premiers, de manger, de boire et de consommer, comme en Occident et dans n'importe quel pays?
Source: Le printemps de Damas, de Judith Cahen, Le Monde diplomatique, novembre 2002.