S'il y a bien des endroits au Monde en ce moment, où il faut être lorsque l'on s'intéresse à la géopolitique et qu'on aime réfléchir sur les questions autour , il y a en tout cas le
Liban...
A croire, les médias qui nous décrivent le Liban, je n'en avais qu'une image de bâtiments détruits, de batailles confessionnelles, l'image d'un pays qui depuis 30 souffre de manière soudaine, par
crise et convulsions.
Désormais, j'ai passé cette frontière, je voulais voir ce pays dont l'atcualité moyen-orientale donne une grande place. Pourtant, ce que je retiendrais de ces trois jours de l'autre côté de la
plaine de la Bekaa, ce n'est qu'une flopée d'images tournant dans ma tête et en pagaille.
Arrivé à Beyrouth, j'ai vu pour la première fois depuis deux mois, l'Occident au Moyen-Orient, j'ai vu les pancartes de Macdonald's, de Zara, de Ray Ban, de grandes marques, de grandes firmes
capitalistes.
J'ai vu une petite place comme dans le Sud de la France. J'ai pris un café, en entendant les cloches et cerla m'a semblé bizarre. Bizarre parce que je me sentais comme chez moi. Comme si malgré
avoir vécu deux mois parmi une population à majorité sunnite, j'étais heureux d'entendre ces sons de cloches qui résonnaient et qui me rappelaient mon chez-moi et mon héritagecatholique, bien que
je sois athée...
J'ai vu une rue, un boulevard, où de chaque côté, des maisons, des immeubles à volets rouges et de l'autre côté des maisons, des immeubles à volets verts, comme pour signaler, que chacun se prévaut
d'un héritage, phénicien et chrétien (couleur rouge) et arabe et musulman de l'autre (couleur verte), comme pour montrer les vagues d'immigration qui se sont succédées et qui depuis la création
d'Israël et l'apparition des réfugiés palestiniens sur la scène démographique puis politique n'ont fait que basculer, et qu'embraser un pays, dont le pouvoir appartenait en grande partie aux
chrétiens maronites.
J'ai vu une campagne gouvernementale de lutte contre le terrorisme à Beyrouth et autour, mettant en scène différents personnages et nous rappelant que le terrorisme est dan ce pays une véritable
menace.
J'ai vu des Tanks, des barricades, des militaires en armes, à tous les coins de rues. J'ai vu et j'ai vécu des contrôles de passeports, d'appareils photos.
J'ai vu des bâtiments détruits faisant pâle figure face aux nouveaux buildings et immeubles de Beyrouth centre. Je n'oublierais pas les traces de balles, les morceaux de béton devant les vitres
teintées d'un grand hôtel en construction sur le port de beyrouth.
J'ai entendu la suspicion à l'égard de la Syrie, le grand frère, à l'origine pour certains de tous les maux au Liban. J'en ai conclu en entendant certains Libanais parler de la Syrie, que le
Liban n'était pas encore indépendant malgré ses apparences de drapeaux, d'une véritable nation, car la Syrie exerce encore une influence considérable, jusqu'à diviser de manière totalement
caricaturale la scène politique libanaise entre les pro-syriens et anti-syriens.
J'ai vu la campagne présidentielle actuelle en images, avec des pancartes, partout, différant selon les quartiers, entre les images de Saad El Hariri (le fils du défunt) et celle de Berry, de
Nasrallah (Hezbollah).
J'ai vu un camp de l'opposition sur la plus importante place de Beyrouth, la place des martyrs. J'ai donc vu comment la démocratie s'appliquait dans ce pays. Je me suis interrogé sur le dégré
démocratique de ce pays. était-il trop démocratique pour laisser s'exprimer tous les courants politiques, ou pas assez, pour laisser s'exprimer les particularismes, notamment
confessionnels, qui divisent les Libanais plus que ne les rassemble. l'occidental et sa conception de la démocratie égalitariste à la française s'interroge.
J'ai entendu une prière chiite à Baalbeck, dans l'Est du pays, au siège du hezbollah, et j'ai compris leurs propos, leur haine de l'occident, de le voir brûlé, de la voir dominé par leurs propres
forces. En réalité, je n'ai pas compris leur fanatisme et je ne veux pas comprendre le fanatisme. Ce que j'ai compris, c'est que cette haine ne vient pas de nulle part: cette radicalisation
est en partie le résultat de notre propre radicalisation à leur égard, de la négligence d'une partie de la population en souffrance et qui en voit dans le Hezbollah un espoir.
Je n'excuse en rien l'islamisme, bien au contraire car je pense qu'au sein même du chiisme, la frontière entre le fanatisme et la raison est étroite et dangereuse. Je veux par contre dire
qu'attiser, le Moyen-Orient, le faire brûler, croire que notre démocratie réglera les problèmes ne fera qu'embraser les radicaux et les foules prêtes à les écouter. Je veux dire, que seuls les
frustrations causés au plan international, les manipulations de ces peuples qui depuis un siècle et depuis les accords Sykes Picot de 1916 sont instrumentalisés par les plus grandes puissance
occidentales de l'époque (France et grande-Bretagne), sont les responsables de ce désastre.
J'ai aussi vu la gentillesse des Libanais, leur sourire, leur amitié envers les français. Un soldat à la place des martyrs s'est approché de nous. Je pensais qu'il allait me dire de partir mais en
réalité, il a a pris du plaisir à me raconter pourquoi l'opposiition était là, pourquoi ces tentes étaient situées sur la place des martyrs. Plus loin, un autre s'amusait de nous voir prendre
en photo des immeubles en ruines et criblés de balles. Un autre en contrôlant nos sacs à l'entrée du down town, nous a souhaité la bienvenue en français. Enfin, un épicier refusant le gros billet
que nous voulions casser pour avoir de la petite monnaie, en achetant une bouteille d'eau, nous a offert la bouteille. C'est un petit rien que l'on ne voit pas partout...
Dans le taxi du retour, à la frontière syro-libanaise, j'ai parlé par hasard avec le directeur de l'International Crisis Group à Beyrouth, une grande ONG chargé d'établir des rapports politiques et
géopolitiques dans des zones tendues telle que le Moyen-orient. Pour lui, la déliquescence de l'état libanais aurait conduit à une sorte de solidarité entre les Libanais, et à un ouverture
d'esprit, pour une population déjà sensibilisée depuis longtemps à l'Occident, pour faire face à cette dureté, à ces militaires, à cette guerre perpétuelle, qui n'en finit pas. Bien sûr, je ne
sais pas si cette gentilesse dont fontt preuve les Libanais de manière désintéressée à notre égard, est la même entre une chrétien maronite et un chiite. Je ne peux pas encore y répondre mais
j'aimerais le penser, uniquement pour faire vivre un espoir.
Trois jours au Liban et je suis tombé amoureux de ce pays, de ses habitants, de sa complexité. Maintenant, en y étant allé, j'ai envie d'y retourner mais dans d'autres conditions que celles qui
m'ont poussé à venir. Aujourd'hui, malgré la situation actuelle, dans laquelle on ne peut pas penser autre chose quà un affrontement, j'espère que la stabilité du Liban ne sera pas une utopie et
qu'un jour, elle devienne un exemple de rassemblement, de tolérance.
"Veni", "Vidi", mais pas "Vici" de l'autre côté de la bekaa. De nombreuses questions se posent maintenant et je n'ai pas sû forcément y répondre. "Vici", quand cette élection sera finie, quand
le conscencus sera trouvé quand toutes les parties seront satisfaites et encore... Le mal est en partie fait. Ce que nous les occidentaux ont voulu un moment, ce qu'ils ont soutenu à la sortie de
la guerre en installant un état israélien, et en ne pesant pas les conséquences d'un tel bouleversement, nous en sommes en partie responsables. En réalité, nous sommes responsables d'avoir cédé aux
pressions nationalistes et confessionnelles, d'avoir crée un état au sens propre du terme, d'avoir crée les "uns" et les "autres", de les avoir forcé à se combattre en Palestine. Espérons que les
cicatrices se fermeront un jour. La question qui reste étant: au bout de combien de temps, de morts, de haine verront nous les Libanais se rassembler?